Alpine A290 Rallye 2026 : Retour sur une grande première électrisante !
Le rallye du Touquet 2026, qui s’est déroulé du 26 au 28 mars, restera comme une date charnière dans l’histoire du rallye français. Pour la première fois, une épreuve 100 % électrique était intégrée au programme, avec une manche dédiée aux concurrents du Trophée Alpine A290 Rallye, disputée en parallèle du rallye moderne.
Au volant de l’Alpine A290 Rallye spécialement préparée pour la course, les dix équipages engagés sur cette manche inaugurale du Trophée 2026 ont découvert une nouvelle manière d’aborder la discipline en Championnat de France des rallyes, sur des routes pourtant bien connues des habitués de l’épreuve. Car si le terrain restait en partie le même, le e-rallye ne disputant pas toutes les spéciales au programme des autos thermiques, les sensations, elles, étaient radicalement différentes. Marc Lance, excellent pilote régional, nous a raconté son expérience sur ce premier e-rallye.
Habitué d’une Rally2, Marc Lance, copiloté par son frère Freddy, a tenté l’expérience du 1er e-rallye du Touquet électrique
Des repères totalement bouleversés pour les équipages
Le premier constat partagé par l’ensemble des pilotes concerne l’absence totale de bruit dans l’habitacle. Un silence qui modifie profondément la perception de la vitesse et les repères habituels de pilotage. Beaucoup ont évoqué une sensation déroutante lors des premières spéciales, avec des freinages plus délicats à doser malgré leur efficacité, une masse importante à gérer dans les enchaînements, et surtout cette impression de « flotter » sans les repères sonores ni la boîte de vitesses d’une voiture thermique.
Le pilote boulonnais Marc Lance, habitué d’une Rally2 puisqu’il pilote régulièrement une Citroën C3, résume parfaitement ce ressenti partagé par de nombreux concurrents : « L’absence totale de bruit dans l’habitacle change énormément de choses. J’ai même beaucoup parlé avec mon copilote en spéciale, ce que je ne fais jamais dans une voiture de course conventionnelle. Il fait aussi moins chaud dans l’habitacle et on transpire beaucoup moins sous le casque, c’est bizarre comme sensation, tout comme l’inertie prise par la voiture dans les grandes courbes à haute vitesse. Il faut vraiment être vigilant car c’est un autre pilotage. ». Du bord de la route en mode spectateur, c’est aussi déconcertant puisque hormis un léger sifflement et le bruit de roulement des pneus, le bruit est quasi inexistant et on juge difficilement de la vitesse de la voiture, c’est perturbant.
Une adaptation rapide et une vraie bagarre sportive
Malgré une phase d’apprentissage indispensable lors de la première étape, le vendredi, le rythme s’est nettement accéléré le samedi. Les chronos se sont resserrés, preuve que la voiture permet une vraie attaque une fois les repères assimilés. Marc Lance illustre bien cette montée en puissance : « Vendredi, nous avions beaucoup d’appréhension et nous n’étions pas vraiment en confiance. Nous nous sommes dit qu’il fallait repartir de zéro le samedi. Cela a payé puisque nous avons signé deux fois le deuxième temps, avec des chronos très proches du leader et en prenant du plaisir dans l’auto. On a compris le mode d’emploi et l’A290 a vraiment montré un potentiel intéressant, avec un super châssis parfaitement suspendu et un super freinage, du moment qu’on l’a apprivoisée ». La longue spéciale de Hucqueliers, de près de 30 km, a servi de révélateur technique. « Avec une batterie pleine à 100% au départ, on termine la spéciale avec 20/25% d’autonomie restante, aucun souci de performance mais 30 km c’est vraiment le maxi que l’on peut parcourir dans des conditions réelles de course ».
Le parc de recharge aménagé spécialement pour l’épreuve
La logistique de recharge, enjeu central du week-end et de la compétition
Au-delà de l’aspect sportif, cette première a également mis en lumière l’organisation spécifique qu’implique un rallye électrique, avec un programme adapté à l’autonomie des voitures, qui n’en sont qu’au tout début de leur développement. Les pilotes de ce Trophée 2026 sont, en quelque sorte, des pionniers qui vont permettre au rallye électrique d’apprendre énormément au terme de cette première saison « laboratoire ».
Au Touquet, avec un long parcours routier à parcourir afin de rejoindre les épreuves chronométrées, les recharges étaient nombreuses et d’environ 30 minutes à chaque fois. Le découpage du e-rallye a aussi imposé un long temps « mort » entre les deux boucles des spéciales, avec un passage par la recharge puis un retour au regroupement et au parc d’assistance au Touquet.
Cette contrainte logistique liée à la recharge a constitué la principale différence avec l’épreuve thermique, qui enchaînait les spéciales alors que les A290 étaient en phase de recharge. Si le dispositif des bornes mobiles va être reconduit sur l’ensemble des autres manches du Trophée 2026, Alpine précise que les recharges seront désormais effectuées directement en zone d’assistance, sur un site unique, afin d’optimiser les opérations. « Les séquences de recharge étaient particulièrement nombreuses. On ne pouvait pas enchaîner toutes les spéciales comme les thermiques, et cela a créé un peu de frustration, même si Alpine a parfaitement organisé les temps de recharge en mettant à notre disposition une salle au parc de Hucqueliers », reconnaît Marc Lance.
Les Alpine A290 Rallye en phase de recharge sur des bornes reliées, via des grosses batteries de stockage, au réseau électrique urbain
Une formule innovante qui séduit déjà les concurrents
Au-delà des contraintes, l’avis général des équipages est très positif. Tous soulignent le caractère innovant de la formule, l’intérêt sportif de la voiture et l’accessibilité économique rendue possible par les primes redistribuées dans le cadre du trophée. Marc Lance conclut d’ailleurs sur une note très positive : « La formule est intéressante et novatrice, et le rallye électrique a sa place avec les thermiques. Il en faut pour tout le monde. Je suis content de l’avoir testée. Nous étions au départ de ce premier e-rallye du Touquet et on s’en souviendra. En plus, nous terminons sur le podium en remportant des primes, ce qui rend le rallye moins onéreux. C’est la force d’un trophée constructeur qui aide ses participants avec des dotations en pièces ou encore en pneus, en plus d’une organisation et d’une logistique parfaites. »
Cette grande première électrique n’a donc pas seulement marqué une curiosité technologique : elle a ouvert une voie crédible, sportive et déjà convaincante pour le rallye de demain, malgré quelques avis grincheux ici et là. Rendez-vous désormais au rallye Vosges Grand Est du 12 au 14 juin pour la deuxième manche, avec, n’en doutons pas, des améliorations techniques et logistiques.
Photos Alpine DPPi et Laurent SANSON
Laurent SANSON
Journaliste rédacteur-photographe spécialisé automobile et sport - Négociant en virages et images.