Avec le B03X, Leapmotor, le constructeur chinois distribué en Europe par Stellantis, entend bousculer le marché des petits SUV électriques. Compact à l’extérieur, particulièrement spacieux à l’intérieur et proposé à un tarif très agressif, ce nouveau SUV chinois affiche de sérieux arguments, mais aussi quelques lacunes. Nous avons pris le volant de la version ProMax 53 kWh sur les routes andalouses.
Le marché des SUV électriques urbains et compacts accueille donc un nouveau venu avec le Leapmotor B03X. Vous allez me dire : « Ah, encore un SUV et encore un SUV chinois ! » Oui, mais ce nouveau crossover 100 % électrique se positionne sur un segment particulièrement apprécié en Europe, avec une ambition clairement affichée : proposer davantage d’espace, d’équipements et d’autonomie sans faire exploser la facture. Alors oui, son style ne fait pas vraiment tourner les têtes. Avec ses rondeurs à l’arrière, il rappelle un peu la Fiat 500L, tandis que sa silhouette générale évoque le BYD Atto 2. Il n’a donc rien de très original, il est neutre et passe-partout. Et finalement, le meilleur se cache à l’intérieur, mais aussi dans le budget à consacrer à cette voiture. Sur le papier, la recette est plutôt séduisante, avec des prix canons, une dotation riche et surtout un espace à bord très, très généreux. Deux batteries sont proposées : 39,8 kWh pour la version Pro et 53 kWh pour la ProMax, cette dernière étant notre modèle d’essai. La puissance atteint respectivement 176 et 197 ch, tandis que l’autonomie WLTP grimpe jusqu’à 382 km avec la grosse batterie.
Avec ses 4,27 m de longueur, 1,81 m de largeur et 1,635 m de hauteur, le B03X fait dans le classique du segment : ni trop petit, ni trop grand. Son empattement de 2,60 m contribue toutefois à lui offrir une habitabilité assez étonnante. C’est véritablement la bonne surprise du chef lorsque l’on ouvre la porte. Une fois installé à bord, le B03X donne rapidement l’impression d’être dans un véhicule plus grand que ne le laisse penser son gabarit extérieur. L’espace à bord est roi. À l’avant, la large console centrale et la position de conduite haute créent un effet cockpit plutôt rassurant. Cette position surélevée participe à cette sensation d’espace, même si elle n’est pas forcément idéale à la conduite, car un poil trop haute à notre goût. Mais c’est surtout à l’arrière que le B03X bluffe. Les occupants disposent d’une place particulièrement généreuse, avec notamment un espace aux jambes qui fait partie des points forts du modèle. C’est probablement l’un des principaux atouts de ce B03X : l’espace à bord. Leapmotor a clairement travaillé l’exploitation du volume intérieur, et cela se ressent dès que l’on pénètre dans l’habitacle.
Le coffre n’est pas en reste avec 405 litres, auxquels s’ajoutent 105 litres supplémentaires dans la GigaBox située sous le plancher amovible. Le volume total atteint ainsi 510 litres et peut grimper jusqu’à 1 605 litres lorsque la banquette arrière est rabattue. Cette GigaBox, à l’image de ce que propose le Ford Puma électrique, constitue une vraie bonne idée. Étanche et facilement lavable, elle permet de transporter des objets susceptibles de salir le coffre principal. La modularité est également intéressante, avec les sièges arrière qui peuvent être relevés grâce au système « Magic Seats », comme sur la Honda Civic. Leapmotor annonce également pas moins de 33 espaces de rangement dans l’habitacle. On lui fait confiance, car on n’a pas pris le temps de faire l’inventaire un par un !. La longueur de chargement peut même atteindre 2,53 mètres en repliant vers l’avant le dossier du siège passager. Amis surfeurs, cette auto est pour vous ! Vous l’avez compris, si vous refusez de sacrifier l’espace intérieur pour glisser votre surf, votre vélo, vos enfants ou les courses de la semaine, le B03X mérite clairement que l’on s’intéresse à lui. Avec quelques bémols, certes, mais le prix est tellement attractif par rapport aux concurrents que cela peut largement justifier quelques sacrifices sur tel ou tel détail.
À bord, Leapmotor joue la carte du minimalisme. Le tableau de bord est particulièrement épuré et débarrassé de la plupart des commandes traditionnelles. Pas de boutons, hormis deux molettes sur le volant, et point barre !. Le reste se passe avec les doigts sur un vaste écran central tactile de 14,6 pouces, grand comme un MacBook. Visuellement, c’est moderne et plutôt réussi, même si le tableau de bord typiquement chinois reste assez impersonnel. Face au conducteur, un petit combiné d’instruments numérique de 8,8 pouces complète cet écran central flottant de 14,6 pouces. Mais cette philosophie du tout tactile a aussi son revers, car, au début, on perd un peu les pédales avec une interface qui n’est pas si simple ni intuitive. En supprimant quasiment toutes les commandes physiques, Leapmotor oblige le conducteur à passer par l’écran central pour accéder à de nombreuses fonctions. Il faut ainsi naviguer dans différents menus pour effectuer des opérations pourtant très simples, comme régler les rétroviseurs, la climatisation ou les modes de conduite. Il faut donc prendre ses marques et mémoriser progressivement les différents menus. Une fois la logique comprise, la situation s’améliore, mais nous aurions franchement apprécié conserver quelques commandes physiques pour les fonctions les plus courantes. C’est le prix à payer pour cette présentation très, voire trop, épurée, mais cela nuit à l’ergonomie au quotidien. On vous passe aussi la mise en marche de l’auto avec une carte magnétique qui fait office de clé et que l’on pose sur l’espace de recharge par induction. Il existe aussi une application dédiée pour ce type d’opération, et elle simplifie la vie de l’utilisateur courant, car on a quand même de fortes chances de perdre cette carte, qui permet aussi l’ouverture et la fermeture. Finalement, rien ne remplace une véritable télécommande que l’on conserve en toute sécurité dans sa poche ou dans le vide-poche central. Ah, les bonnes vieilles recettes du passé !.
Pour cet essai sur les routes andalouses, c’est donc sur la version ProMax équipée de la batterie de 53 kWh et du moteur de 197 ch que nous avons pu prendre le volant. Si le moteur ne donne pas vraiment l’impression d’avoir près de 200 ch, la faute notamment à un couple de seulement 200 Nm et à quelques chevaux qui semblent s’être égarés dans la pampa andalouse, c’est presque finalement une « chance », car la liaison au sol ne se montre pas vraiment à la hauteur des attentes. Entre une direction qui n’offre quasiment aucun ressenti – il faut obligatoirement passer en mode Sport pour obtenir une forme de consistance – un amortissement qui prend une certaine liberté avec une verticalité sur les bosses et les compressions, et surtout des pertes de motricité du train avant, le B03X fait preuve de certaines lacunes dans son comportement routier. Les pneus, des Yokohama BluEarth, ne sont pas exempts de tout reproche. En chaussant le B03X de pneus à faible résistance au roulement dans le but de privilégier l’efficience, Leapmotor n’a pas non plus choisi le profil le plus favorable pour obtenir du grip. Et cela se paye cash lors de la première accélération franche, avec une perte de motricité, et dans le premier rond-point, avec un train avant à la peine. Il ne serait toutefois pas surprenant que Leapmotor corrige rapidement ce point avant les premières livraisons. La mise au point de la liaison au sol semble clairement faire partie des éléments à peaufiner.
Voiture électrique oblige, parlons aussi de la batterie LFP. C’est lourd, mais moins cher, et elle est directement intégrée au châssis. D’une capacité de 53 kWh sur cette version ProMax, elle permet au B03X de revendiquer une autonomie mixte WLTP de 382 km, pour une consommation homologuée de 15,7 kWh/100 km. Mais nous avons fait beaucoup mieux lors de notre essai, avec une consommation située aux alentours de 13 kWh/100 km sur notre parcours mixte. C’est indéniablement une autre belle surprise de ce B03X. En usage exclusivement urbain, il ne fait aucun doute que l’on peut descendre autour de 11 kWh/100 km, ce qui permettrait alors d’espérer une autonomie supérieure aux chiffres annoncés par la marque. Pour la recharge rapide, le B03X ProMax accepte jusqu’à 133 kW en courant continu et annonce un passage de 30 à 80 % en seulement 16 minutes sur une borne rapide. Oui, Leapmotor parle bien d’un 30-80 % et non d’un 20-80 % comme la plupart des autres constructeurs. En courant alternatif, le chargeur embarqué développe 11 kW.
C’est évidemment sur ce terrain que Leapmotor entend faire aussi fort, et surtout très mal à la concurrence, avec des tarifs agressifs accompagnés de belles remises de lancement. Ainsi, le B03X Life Pro 39,8 kWh d’entrée de gamme est affiché à 25 400 €, avec une remise de lancement de 1 500 €, soit un prix net de 23 900 €. Le Life ProMax 53 kWh est proposé à 27 900 €, avec 2 000 € de remise, ramenant son prix à 25 900 €. Enfin, le Design ProMax 53 kWh, le haut de gamme, affiche un prix catalogue de 28 900 € et bénéficie lui aussi d’une remise de 2 000 €, pour un prix net de 26 900 €.
Et vous n’avez encore rien demandé au vendeur pour obtenir, pourquoi pas, un petit geste commercial supplémentaire !. Autant dire que cela va faire mal dans les rangs de la concurrence. À commencer par le Peugeot E-2008 54 kWh de 156 ch, dont la différence de prix catalogue atteint environ 10 000 € en faveur du B03X. Les écarts sont moins importants avec le Citroën ë-C3 Aircross et l’Opel Frontera Electric, mais restent à l’avantage du Leapmotor. Quant à son rival chinois direct, le BYD Atto 2 électrique, il s’affiche pour sa part autour de 32 000 € dans sa finition Active, avec une batterie de 45 kWh et une puissance de 177 ch. Le rapport prix/équipement/habitabilité est donc clairement l’un des gros arguments du B03X.
Inutile d’en dire beaucoup plus. Ce B03X, même si son nom ne fait pas rêver et que son physique ne déclenche pas forcément le coup de foudre, possède de solides arguments. Il coche de nombreuses cases avec un espace intérieur exceptionnel pour son gabarit, un coffre spacieux et pratique, une modularité intéressante avec les sièges « Magic Seats » à l’arrière et une GigaBox dans le coffre, une consommation réellement contenue, un équipement généreux et surtout un tarif canon. Il faudra en revanche composer avec une ergonomie perfectible, une interface 100 % tactile complexe, une direction sans véritable feeling et une liaison au sol qui mérite encore quelques ajustements. Le manque d’adhérence des pneumatiques constitue également un point à surveiller avant les premières livraisons. Mais à ce niveau de prix, difficile de rester insensible à la proposition.
Photos Laurent SANSON
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