40 ans après la 205 GTi, Peugeot ose faire renaître trois lettres qui ont marqué plusieurs générations d’automobilistes. Mais cette fois, pas de moteur essence rageur sous le capot puisque la nouvelle E-208 GTi est 100 % électrique. Avec 281 ch, un différentiel autobloquant et un châssis profondément revu par Peugeot Sport, elle ne manque pas d’arguments. Mais l’esprit GTi peut-il survivre à la révolution électrique ?
Il y a des sigles auxquels il est dangereux de toucher. Chez Peugeot, GTi en fait incontestablement partie. Trois lettres qui renvoient immédiatement la 205 GTi. Une petite lionne devenue au fil des décennies une véritable icône, au point que les plus beaux exemplaires sont aujourd’hui collectionnés avec une ferveur que personne n’aurait imaginée lorsqu’ils arpentaient nos routes. Avec la nouvelle E-208 GTi, Peugeot ne se contente donc pas de lancer une 208 électrique plus puissante. Le constructeur remet en jeu une partie de son patrimoine. Et le pari est d’autant plus audacieux que cette héritière abandonne totalement le moteur thermique.


L’esprit 205 GTi, mais juste ce qu’il faut
Peugeot aurait facilement pu tomber dans le rétro à outrance. Il n’en est rien. La E-208 GTi reste immédiatement identifiable comme une 208 actuelle, mais quelques détails parlent aux connaisseurs. Les superbes jantes de 18 pouces ajourées constituent notamment un clin d’œil évident aux célèbres jantes « percées » de la 205 GTi. Elles ne sont d’ailleurs pas uniquement décoratives puisqu’elles participent au refroidissement des freins. La hauteur de caisse abaissée, les voies élargies et les passages de roues plus généreux lui donnent une assise nettement plus musclée sans verser dans la caricature. Et évidemment, le rouge est partout : calandre, projecteurs, emblème Peugeot, passages de roues, étriers, badges ou encore becquet arrière. Mais c’est peut-être à bord que l’hommage est le plus évident. Le rouge et le noir dominent. Les moquettes, tapis et même les ceintures rouges rappellent directement la 205 GTi. Les sièges font également référence aux deux versions historiques. On retrouve naturellement le petit volant du i-Cockpit, ici habillé de cuir perforé et de peau retourné, avec un emblème « 208 GTi ». La direction bénéficie elle aussi d’une calibration spécifique, tandis que l’instrumentation adopte une présentation rouge avec des pages consacrées aux performances. Une ambiance sonore artificielle liée au régime du moteur peut également accompagner la conduite… ou être désactivée car rien ne remplace le bruit d’un véritable moteur, même un 4 cylindres. L’ambiance est donc sportive, mais nous sommes très loin du dépouillement d’une 205 GTi.


De la 205 GTi à la E-208 GTi
La recette de la 205 GTi semblait pourtant aux antipodes de l’automobile électrique moderne. Une petite voiture, un moteur atmosphérique, un poids contenu, peu d’assistances et un châssis particulièrement vivant. La 205 GTi 1.6 lancée en 1984 développait initialement 105 ch. La famille allait ensuite évoluer jusqu’à la fameuse 1.9 de 130 ch, devenue pour beaucoup la référence. Mais la nouvelle venue change complètement d’époque. Sous son capot, plus de quatre cylindres mais un moteur électrique développant 281 ch et 345 Nm de couple. Il est associé à une batterie de 54 kWh bruts (51 kWh utiles). Peugeot annonce un rapport poids/puissance de 5,5 kg/ch, un 0 à 100 km/h en seulement 5,5 secondes, le 80 à 120 km/h en 3,2 secondes et une vitesse maximale limitée à 180 km/h. Autrement dit, sur le chronomètre, la petite-fille pulvérise son illustre aïeule. Mais une GTi ne s’est jamais résumée à un simple 0 à 100 km/h.

Peugeot Sport au développement
C’est probablement le point le plus important de cette E-208 GTi dont la base, la E-208, arrive pourtant en fin de carrière avant son renouvellement. Le développement technique a été confié à Peugeot Sport. Entre les mains des ingénieurs qui bossent habituellement sur le proto Hypercar 9X8 engagé dans le championnat du monde d’Endurance WEC, la E-208 GTi est abaissée de 25 mm, les voies gagnent 56 mm à l’avant et 28 mm à l’arrière et les jantes passent à 18 pouces avec des pneumatiques en 215/40R18. Plus intéressant encore, Peugeot Sport a ajouté une imposante barre antiroulis arrière de 31 mm, conservant une barre de 17 mm à l’avant. Ressorts, amortisseurs et butées hydrauliques bénéficient également d’une mise au point spécifique. Tout cela avec l’objectif évident de donner à cette 208 électrique la mobilité du train arrière et l’agilité que l’on attend d’une GTi.
Un vrai autobloquant qui gère le train avant
Avec 281 ch envoyés uniquement aux roues avant, la motricité aurait rapidement pu devenir le talon d’Achille de cette E-208 GTi. Peugeot Sport a donc retenu une solution qui parlera davantage aux amateurs de conduite sportive qu’une énième intervention électronique avec l’intégration d’un différentiel autobloquant mécanique intégré au réducteur et sur une traction aussi puissante, son rôle est essentiel. À l’accélération en sortie de courbe, le train avant doit pouvoir digérer instantanément les 345 Nm sans élargir exagérément la trajectoire. C’est aussi ce dispositif qui participe au caractère de la voiture lorsqu’on commence réellement à hausser le rythme. Le freinage a lui aussi été dimensionné en conséquence avec des disques avant de 355 mm pincés par des étriers 4 pistons. La fiche technique commence donc sérieusement à ressembler à celle d’une petite sportive comme l’était la 205 GTi dans les années 80-90.

Une GTi autrement
Malgré la filiation directe avec son illustre aînée, la E-208 GTi avec sa batterie installée dans le plancher, son niveau de sécurité et ses équipements, ne peut reproduire la légèreté ni la simplicité d’une 205 GTi. En revanche, elle tente de retrouver l’intention qui animait son ancêtre, à savoir une petite voiture réactive, incisive et capable de donner envie de prendre le chemin le plus sinueux plutôt que le plus rapide. Les 281 ch changent évidemment la donne car l’accélération est instantanée et la poussée autrement plus impressionnante que celle de n’importe quelle GTi historique. Avec le rabaissement de la caisse, les voies élargies et surtout le travail effectué sur les trains roulants donnent à cette E-208 un caractère nettement plus affirmé que celui de la version classique. Le différentiel autobloquant permet de remettre très tôt la puissance tandis que le train avant doit composer avec un couple disponible immédiatement. Peugeot a également prévu un mode Sport laissant davantage de liberté au conducteur. Dans cette configuration, le freinage régénératif est désactivé. C’est probablement là que cette E-208 se rapproche le plus de l’esprit GTi : non pas en essayant de singer une voiture vieille de quarante ans, mais en utilisant les technologies de son époque pour retrouver une certaine interaction entre la voiture et son conducteur.

Et finalement on en pense quoi de cette Peugeot E-208 GTi ?
Commercialisée à partir de 42 900 euros, la E-208 GTi ne fait pas dans l’accessible, mais l’époque et les attentes ne sont plus identiques et à la sportivité s’ajoutent la technologie et le confort et ça a un prix. Comparer frontalement cette E-208 GTi à la 205 GTi serait presque injuste. Qu’on se le dise, la E-208 GTi n’est donc pas une 205 GTi électrique. Et c’est probablement mieux ainsi.
Photos Tibo – The Good Click

